Le Café Bavard du 12 janvier 2025
Vu par Alain Roger Chosson
Une salle frémissante, chaude et à l'écoute en ce frais après-midi. Ah, Veronica Antonelli ! Notre frêle service d'ordre n'a pas osé la virer de la scène, lui ! Ses ailes rouges déployées au vent, la soprano a fait vibrer l'amour bohême de toute la puissance de son "coffre” ! Puis, devant une assemblée piaffante, elle a modulé sa générosité extravagante si bien maîtrisée et magnifié la grande Edith, terminant sur un point d'orgue magistral. On se demande dans quel registre Veronica n'est pas à l'aise... Et avec ça, un naturel désarmant ! Il est des talents qui ne se contestent pas. 3 comédiennes et leur autrice, Monique Ayoun - au total, 4 personnages - déroulèrent l'histoire de leurs seins, en l'occurence 8, croqués à l'origine par la plume envolée depuis de G Wolinsky. On les aurait crues d'emblée coquinettes, voire pire, mais ce fut de la sage grivoiserie dansée et chantée, une affaire de ressentis narrant contours, arrondis, flagrantes collines, ce principe identitaire majeur et globulaire - et d'abord nourricier, donc constructeur primordial - à mesure humaine. Andromak, ton K est rare et t'as tout pour plaire ! Présence, assurance, aplomb et jeu de scène millimétré ! Débitrice à foison d'anecdotes suggestives, cette humoriste de poche tatoueuse et fière de l'être prend sur les planches et dans la vie des risques fondamentaux dont elle sait à la perfection se sortir, même s'il s'agissait ici de pièges profonds et caverneux. Karen Ana, sa guitare, sa plastique, ses cheveux, sa tunique, sa langueur, sa rythmique au rubato finaud, sa mexicanitée ancrée et revendiquée a grisé la salle avec un "besa me mucho" très personnel : on bouge à peine pour ne pas éparpiller son énergie, juste ce qu'il faut afin de finaliser un texte en essayant de ne jamais le terminer - pour ne jamais quitter l'amour, peut-être. Séduits, nous étions prêts à entendre une flopée d'autres chansons ; une très prochaine fois, certainement. Maz... gicien, Paul nous a joué le coup de la corde en panne qu'il répare grâce au souffle atavique. Cordes puis cartes géantes, toutes trouées de carreaux ou de cœurs, sont ses spécialités. Comme il nous appâte souvent avec l'art de son grand-père, ce dernier rodant sans doute dans les coulisses et n'osant pas se présenter, nous voulons désormais goûter quelques tours de l'ancêtre.
La musique Chaabi, comme la banque du même nom, est riche et opulente. Expert du mandole, Fatah Benlala a tenu la scène de la voix et de l'instrument, scène où s'est risquée Saliha Bachiri notre hôte noire vêtue pour une danse toute en volutes, virevoltante et bienvenue. J'ai assisté à pas mal de soirées musicales dans divers pays d'Europe, en Turquie où j'ai vécu, un peu en Tunisie, vibré lors de représentations de jazz de très, très haut niveau, mais jamais je n'ai été aussi impressionné par des musiciens accompagnants ! Ceux qui se sont produits devant nous forment un duo exceptionnel dans la dextérité, la richesse des jeux rythmiques et la synergie, un duo de percussionnistes de niveau international. Merci, Fatah, de nous les avoir présentés et d'être aussi bien mis en valeur. Graham Anna, la Bretonne, s'est dispensée d'un accompagnement quelconque. Sa voix si légère, sibylline, a pourtant reçu l'hommage d'un curieux petit écho venu s'aventurer dans les pérégrinations personnelles de la belle, les soulignant de son apport vibratoire imprévu, ce que la salle en entier a su apprécier. Philippe Mathis humoriste s'achètera-t-il un gosse ? Nous en doutons ; sa bonne conscience se situe ailleurs que dans son portefeuille. Il nous la livre avec ironie sans trop donner dans le cynisme, multipliant les options, les formules d'où, peut-être naîtra l'heureuse - ? - solution. Salut, jongleur des mots, décapsuleur des consciences un peu endormies. Un autre jongleur s'immisça sur la scène sans s'en laisser conter : notre Moussa Lebkiri national a poncé plus d'un parquet dans sa vie, débité plus de jeux de mots que les mathématiques ne comptent de nombres, cela, sans jamais se lasser de les passer au tonneau du foulon d'où ils ressortent, rajeunis, prêts à repartir pour des emplois imprévus ou à contre courant. Continue, Moussa, c'est comme ça qu'on t'aime quel que soit ton thème ! Dieu fasse un jour que l' IA te rejoigne dans la créativité, l' IA qui, je pense, vaut peut-être mieux que l' Hi-An. a-r
